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LEGISLATIVES ET REGIONALES : Les Éthiopiens aux urnes sur fond de guerre au Tigré

Les Éthiopiens ont commencé à voter lundi matin pour des élections législatives et régionales repoussées par deux fois, sur fond de doutes sur sa crédibilité et de famine dans la région en guerre du Tigré.

Il s’agit du premier test électoral pour le Premier ministre Abiy Ahmed, qui avait promis à son arrivée au pouvoir en 2018 d’incarner un renouveau démocratique dans le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, rompant ainsi avec ses prédécesseurs.

À Addis-Abeba et dans la ville de Bahir Dar (Nord-Ouest), capitale de la région Amhara, les bureaux de vote ont ouvert avec un léger retard sur l’heure initialement prévue. Ils doivent fermer à 18h (15h GMT).

Promesse

« Je vote parce que je veux voir mon pays se transformer. Cette élection est différente. On peut choisir entre différents partis politiques. Dans le passé, il n’y en avait qu’un », a déclaré Milyon Gebregziabher, 45 ans, employé dans une agence de voyages rencontré devant le bureau de vote du quartier d’Aware, à Addis-Abeba.

« Je pense que cette élection est plus démocratique que la dernière. C’est pour cela que je suis venue aujourd’hui », a renchéri Yordanos Berhanu, une comptable de 26 ans. « En tant que jeune Éthiopienne, j’ai de l’espoir pour l’avenir de mon pays et je pense que voter y contribue ».

Abiy Ahmed, lauréat 2019 du prix Nobel de la paix, qui avait fait libérer des milliers de prisonniers et encouragé le retour d’opposants en exil, avait également promis que ces élections législatives et régionales seraient les plus démocratiques que l’Éthiopie ait jamais connues. « Oui l’Éthiopie va gagner ! Bonne chance à tous ! », a posté sur Twitter le Premier ministre, 44 ans, après une rencontre ce week-end avec des partis d’opposition à Addis-Abeba.

Grand favori

Le Parti de la Prospérité, son mouvement, qui compte le plus grand nombre de candidats pour le Parlement fédéral, est le grand favori pour remporter une majorité et former un gouvernement. En Éthiopie, les députés élisent le Premier ministre, qui dirige le gouvernement, ainsi que le président, dont la position est honorifique.

Dans les bureaux de vote où des posters rappellent aux électeurs la marche à suivre, ces derniers sont invités à placer un bulletin dans chacune des deux urnes : violette pour les législatives, verte pour les régionales. Ces élections mobilisent 40 partis et 9 500 candidats.

« Je suis très heureux. Nous avons voté pour qui nous voulions, donc c’est historique. Peu importe qui gagne, nous voulons la paix et nous devrions maintenir la paix », a estimé Mirkuz Gashaw, 25 ans, à la recherche d’un emploi dans la ville de Bahir Dar.

Sécurité renforcée

Au cours du week-end, la sécurité a été renforcée à Addis-Abeba, et des soldats ont été déployés « à tous les coins du pays », qui compte 110 millions d’habitants, a affirmé le bureau du Premier ministre.

D’abord prévues en août 2020, ces élections ont été reportées à deux reprises, en raison de la pandémie de coronavirus puis de difficultés logistiques et sécuritaires.

Quelque 38 millions d’électeurs sont enregistrés mais beaucoup d’entre eux ne se rendront pas aux urnes lundi, le vote n’ayant pas lieu dans un cinquième des 547 circonscriptions du pays. La majorité de ces zones, touchées par des violences ou des insurrections armées, ou bien connaissant des problèmes logistiques, voteront le 6 septembre.

Guerre au Tigré

Mais aucune date n’a été fixée pour les 38 circonscriptions du Tigré. Dans cette région, où le gouvernement mène depuis novembre une opération militaire, des atrocités ont été documentées et au moins 350 000 personnes sont désormais menacées par la famine selon l’ONU. Après sept mois d’un conflit qui se voulait bref, la guerre continue, écornant l’image pacificatrice du premier ministre, et ternissant un scrutin qu’il voulait être le témoignage de sa volonté démocratique.

Dans certaines circonscriptions, notamment dans la région Oromia, la plus peuplée du pays, des partis d’opposition boycottent le scrutin pour protester contre l’emprisonnement de leurs dirigeants ou pour dénoncer son manque de crédibilité.

Certains observateurs ont questionné la fiabilité du scrutin, notamment les États-Unis, inquiets de l’exclusion d’un si grand nombre d’électeurs et de la détention de responsables d’opposition.

Le scrutin sera observé de près par les voisins et rivaux de l’Éthiopie, comme le Soudan et l’Égypte, opposés au « Grand barrage de la renaissance », titanesque projet hydroélectrique sur le Nil Bleu qui menace, selon eux, leur approvisionnement en eau.

Source : jeuneafrique.com

 

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