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Filière bétail et crise sanitaire

Comme la plupart des secteurs d’activité, la filière bétail-viande de la sous-région ouest-africaine, en général, et de la Côte d’Ivoire, en particulier, subit de plein fouet les effets néfastes de la COVID-19. A l’image des acteurs des autres domaines de la production, ceux de ladite filière imaginent toutes les stratégies possibles pour maintenir à flot leurs professions et survivre à cette crise sanitaire dont les effets collatéraux économico-financiers, selon de nombreux spécialistes parmi les plus avertis, menacent l’économie mondiale d’effondrement. Face à ce mal insidieux, dont l’une des caractéristiques existentielles est de bouleverser les règles et les habitudes établies, les défis du secteur bétail sont inévitablement nombreux et multiformes. Pour une filière dont le travail est contrôlé en amont par les gouvernants chargés de veiller sur la santé alimentaire des populations, et apprécié par celles-ci en tant que consommatrices des produits qui en émanent, le premier défi était de continuer à fonctionner. Il fallait coûte que coûte exister malgré la virulence du virus et bien que l’ennemi en face ne fût que peu connu.

Avec le coronavirus, les parcs à bétail ivoiriens, tributaires du commerce transfrontalier de bovins et d’ovins entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, seraient-ils alimentés ? La viande serait-elle disponible aux abattoirs et sur les marchés et à quel prix ? Toutes ces questions, aussi bien les autorités étatiques, les acteurs du secteur que les populations se les posaient avec acuité. Dans l’entretien qu’il a accordé à ce numéro de BETAIL D’AFRIQUE, Zougrana Rasmané, président de la Coopérative des bouchers, chevillards et auxiliaires de Côte d’Ivoire, évoque la frénésie et la psychose qui se sont emparées de tous lorsque fut annoncé par le gouvernement, le 11 mars dernier, le premier cas confirmé de COVID-19 en Côte d’Ivoire. « Quand le premier cas a été signalé par le gouvernement ivoirien, avec l’instauration du couvre-feu, tout Abidjan pensait que l’abattoir allait fermer. Donc, les populations sont arrivées en grand nombre pour se ravitailler. Cela a occasionné des moments difficiles en termes de ravitaillement. C’est d’ailleurs à ce moment que vous avez vu que le prix du kilogramme de viande avait quelque peu augmenté suite à la fermeture des frontières », décrit-il. Aujourd’hui, grâce aux efforts conjugués des autorités gouvernementales et des organisations professionnelles, ce secteur compte parmi ceux qui permettent à la Barque Ivoire de résister à la vague du nouveau coronavirus.

Cependant, on se doute que ces résultats probants enregistrés par les acteurs de la filière ne sont pas tombés du ciel. Ils sont le prix de sacrifices collectifs que les professionnels ont consentis à faire pour non seulement continuer à fonctionner mais surtout pour fournir à la population ivoirienne l’une des matières principales de son alimentation : la protéine animale. Très rapidement en effet, les responsables de la filière, fortement soutenus par la direction des abattoirs et de l’hygiène alimentaire du District d’Abidjan, ont exigé de leurs membres le respect stricto sensu des mesures barrières édictées pour briser la chaîne de progression. Dans cette dynamique de riposte contre le virus, de nombreux dons ont été faits dans le but d’armer les acteurs dans cette bataille qui ne laisse aucune place à la négligence. A ce jour, le matériel de lutte contre la COVID-19 offert par les deux faîtières que sont la Confédération des fédérations nationales de la filière bétail-viande de l’Afrique de l’ouest (COFENABVI-AO) et la Fédération nationale des coopératives de la filière bétail-viande de Côte d’Ivoire (FENACOFBVI-CI) s’élève à 5,5 millions de FCFA. Par ailleurs, c’est régulièrement que sont organisées des campagnes de sensibilisation pour rappeler sur les différents sites que la maladie n’est pas encore vaincue et qu’il n’y a pas lieu de baisser la garde. Il faut donc se réjouir que les principaux acteurs de la filière bétail-viande aient pris conscience de la gravité de la situation et agissent conséquemment. Dans ce contexte, le soutien de l’Etat se doit d’être soutenu et continu. D’aucuns regardent l’allègement de certaines taxes commerciales et la célérité dans la délivrance des documents afférents aux transactions transfrontalières des bêtes comme une clé. Celle qui offrira aux acteurs de la filière bétail-viande les capacités et l’opportunité d’assurer de façon efficiente leur part du service publique : mettre à la disposition des populations de la viande de qualité et accessible à un plus grand nombre de la population.   

Par BOSSIEHI Jules

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