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CÔTE D’IVOIRE / RECONCILIATION NATIONALE : Mamadou Traoré Ségbé (Président du PDLCI) : « Nous voulons donner le bon rythme à la Côte d’Ivoire »

Mamadou Traoré Ségbé, ancien Député-Maire PDCI de Séguéla et actuel Conseiller régional de l’Iffou, est à la tête d’une formation politique qu’il a fondée il y a un an : le Parti Démocratique et Libéral de la Côte d’Ivoire (PDLCI).  Dans cet entretien, le président du PDLCI parle de son parti et de réconciliation nationale.     

Mamadou Traoré Ségbé, le Parti Démocratique et Libéral de Côte d’Ivoire ( PDLCI ), dont vous êtes le président, existe depuis un an, mais il n’est pas vraiment connu. Comment vous l’expliquez ?

Mamadou Traoré Ségbé: Comme vous l’avez soulignez, le PDLCI est un parti récent, qui a un an d’existence.  C’est pourquoi nous sommes à la tâche pour faire connaitre davantage notre jeune parti. Ayant des établissements scolaires dans quasiment toutes les régions de Côte d’Ivoire à travers le ‘’Groupe Ségbé’’ et voyant la misère des populations, je veux être, encore et toujours, au service des populations. Et je veux continuer à m’y mettre à fond avec de grandes touches sociales.  C’est pourquoi, créer un parti politique m’a inspiré. Pour être plus efficace dans l’aide et l’appui aux populations, il nous est apparu nécessaire de fonder le Parti Démocratique et Libéral de Côte d’Ivoire, le PDLCI.   Nous sommes en train de faire connaitre le parti chez nous d’abord. On sort de chez soi avant d’aller ailleurs. Laissez nous nous enraciner sur nos terres et après nous aurons des tentacules partout.

Outre le social, quelle est l’idéologie qui est promue aussi par votre parti ?

M. T. S. : C’est la paix. Et pour avoir cette paix, il faut l’égalité et la liberté pour tous et pour chacun. Nous sommes à fond dans le social et nous pensons que l’école est la voie qui garantit la liberté et l’égalité.

Monsieur le Président, pourquoi avez-vous quitté le PDCI, qui est aussi présenté comme un parti de paix, et opté pour une autre formation politique ?

M. T. S.: Le Pdci a été créé par Houphouet Boigny. Il aimait rassembler, c’est pourquoi il a parlé de rassemblement. Sinon qu’à l’époque, je fus membre du Bureau Politique du Pdci. Mais après le décès du Président Houphouët Boigny, celui qui a pris le parti ne fait pas du rassemblement sa priorité. Le président Houphouët était notre référent politique. Nous ne nous retrouvons plus du tout avec le fonctionnement du Pdci. Donc, nous avons décidé de nous mettre au service des populations avec un nouvel instrument politique, le PDLCI.

Votre parti tiendra une importante activité le 10 octobre 2021 à Séguéla. A quoi doit-on s’attendre ?

M. T. S.: A cette rencontre de Séguéla, nous allons parler de d’union des cadres et de développement. Seguéla a été, longtemps, en marge du développement de la Côte d’Ivoire. Le comble, c’était le tronçon Séguela-Vavoua-Daloa. Il y avait assez de nids de poule. Et il a fallu, à l’époque, que j’aille voir le Président Houphouet Boigny pour lui demander, au nom de nos populations, de faire quelque chose, pour que le bitumage de cet axe soit réalisé. Quand, aujourd’hui, vous partez à Séguéla, il n y a quasiment plus rien. On a attendu le décès du Premier Hamed Bakayoko pour qu’on aille boucher des nids de poule. Donc, nous voulons, avec le PDLCI et l’ensemble des fils et filles de la région, développer Séguéla. Nous voulons apporter le développement à Séguéla. C’est pourquoi nous organisons cette rencontre du 10 octobre prochain, pour nous accorder avec les différentes populations. Une rencontre pour favoriser l’union des cadres, des filles et des fils de Seguela. Et j’insiste là-dessus.

Vous insistez beaucoup sur le mot ‘’union’’ des cadres. Est-ce à dire que les fils et filles de Séguéla sont divisés ?

M. T. S.: Malheureusement oui ! Nous sommes profondément divisés. Si nous n’étions pas divisés, Séguéla ne serait pas à ce stade aujourd’hui. Faites le point. Dans le pouvoir actuel, les fils et filles de Séguéla occupent et ont occupé de hauts postes : Premier ministre, Président d’institutions, hauts cadres et autres. Mais nous n’avons rien obtenu pour la communauté parce que nous sommes divisés. Et c’est peu de le dire. En 1982, c’était tout seul que j’étais allé à Bruxelles rencontrer le Président Houphouët Boigny pour lui parler d’un fait grave à Séguéla. Car, à l’époque l’armée venait tuer nos parents à cause du diamant. Quand j’ai fini d’échanger avec Houphouët, plus jamais il n y a eu d’exactions et de tueries à l’encontre de nos parents. C’est pour cela que nous tenons à cette réunion de vérité. Nous allons nous parler sans fard, sans tabou. Nous parlerons développement et nous dissèquerons tout.

Le PDLCI n’apparait pas comme un parti régionaliste…

M. T. S.: Non, pas du tout. Il y a des militants qui viendront de toutes les contrées. De San Pedro, d’Aboisso, de Gagnoa, de Bouaké et de plusieurs autres villes à travers la Côte d’Ivoire pour prendre part à la rencontre de Séguéla. Le PDLCI est un parti national.

Il y a un grand parti houphouëtiste, le RHDP. Pourquoi vous n’y intégrez pas, vous qui êtes houphouëtiste?

M. T. S.: Ceux qui se réclament de l’houphouëtisme ne savent pas de quoi ils parlent. Mais le Président Houphouët n’a jamais pris d’armes pour tuer des gens et prendre le pouvoir. Il y a eu la rébellion dans ce pays.

Cela relève du passé monsieur le président…

M. T. S.: Pas du tout; c’est plutôt du présent que cela relève. Car nous sommes en plein dans les questionnements pour donner le bon rythme à notre pays et il faut se dire la vérité.

Que dites-vous de la  réconciliation nationale dont il est question en Côte d’Ivoire?

M. T. S.: Je ne sais pas sur quoi les gens se basent pour parler de réconciliation. Je veux bien comprendre cela. La réconciliation veut dire quoi ? Vous êtes dans un pays où l’hypocrisie et l’inimitié sont les choses les mieux partagées. Les gens entretiennent la haine au quotidien en se lançant des piques. Il faut soigner nos cœurs et nos âmes, individuellement d’abord. Il n y a pas d’égalité de chances, la société est corrompue et divisée et vous parlez de réconciliation. Il faut mettre fin aux inégalités et injustices sinon ceux qui se sentiront brimés par les plus forts ne vont jamais aller à une quelconque réconciliation. Si la réconciliation veut dire se mettre ensemble, il faut que les gens cessent de faire du mal et blesser les autres. Faire mal à l’autre est multiforme. Il faut tout d’abord l’égalité avant la réconciliation. Tant qu’il existera des inégalités, il ne peut y avoir de réconciliation nationale. Pour la réconciliation dans ce pays, il faut promouvoir l’égalité et la liberté, c’est notre avis.

Les présidents Ouattara et Gbagbo se rencontrés pour se parler ; n’est-ce pas une belle image de réconciliation?

M. T. S.: Non, moi je ne dis pas cela. La réconciliation, ce ne sont pas du tout ces images-là. Après cette image, à Gbagbo ses partisans disaient qu’il les a trahis quelque peu car, selon eux, c’est avec leur persécuteur et bourreau que Gbagbo s’acoquine. Donc, ce sont beaucoup plus de récriminations que cette rencontre a soulevées chez certains, au lieu de susciter l’apaisement. La réconciliation, c’est sur le terrain. C’est une démarche quotidienne qui a pour socle l’égalité. Je suis pour la réconciliation dans l’égalité et la liberté.

Monsieur le Président, que faut-il pour une paix durable en Côte d’Ivoire ?

M. T. S.: Pour moi, il y a de petites choses à faire. Et chaque chose devra se faire en son temps. A une époque, pendant ma campagne électorale, j’avais parlé de la reconnaissance des Rois et Chefs traditionnels. Un an après, cela a été fait et cette action a consolidé le rapprochement entre les différentes têtes couronnées du pays. Il y a des faits et actions de ce genre qui vont avec la paix.

Il semble que l’ambiance politique en Côte d’Ivoire ne vous sied pas…

M. T. S.: Au risque de me répéter, en décidant de venir sur le champ politique avec un autre parti politique, c’est bien parce qu’il y a problème. Nous voulons donner le bon rythme à la Côte d’Ivoire.

Vous sentez d’âme de résoudre ces problèmes ?

M. T. S.: Tout est difficile en politique. Quand on veut atteindre un but, on se donne les moyens.

Monsieur le Président, que doivent retenir les militants de votre parti, le PDLCI, ainsi que le grand public ?

M. T. S.: Les Ivoiriens, dirigeants ou pas, doivent mettre au centre de leurs actions quotidiennes, l’égalité et la liberté. Sans ces deux notions, qui sont aussi gage de réconciliation et de paix durable, le pays ne s’en sortira pas. Aux militants du PDLCI, je demande l’union sacrée et le courage pour gagner les batailles de liberté, de la paix  et du développement. Je sais qu’ils le comprennent et je compte sur eux.

Entretien réalisé par André SELFOUR

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