Vent sec et froid, chargé de particules poussiéreuses en provenance du Sahara, l’harmattan s’installe progressivement dans le nord et le centre de la Côte d’Ivoire. Ce phénomène climatique, qui touche chaque année la zone soudano-sahélienne, suscite de nombreuses inquiétudes en raison de ses conséquences sanitaires et environnementales, d’après fratmat info.
Selon le climatologue Dr Hervé Konin, l’harmattan s’étend généralement de la mi-novembre à la fin du mois de mars et se montre particulièrement rude dans les régions du centre et du nord du pays. Il explique que la poussière transportée par ce vent est composée de particules végétales (herbes sèches, pollen), animales (plumes, déchets), mais aussi de microbes, virus, parasites et champignons microscopiques.
Ce climat sec et poussiéreux favorise l’apparition de nombreuses affections, notamment les maladies respiratoires et infectieuses. Parmi les plus redoutées figurent la méningite, la grippe, l’asthme, la pneumonie, la bronchite et la tuberculose.
« En période d’harmattan, on observe chez l’homme un dessèchement de la peau, des lèvres fendillées et des narines asséchées. Les efforts répétés pour tousser ou se moucher peuvent provoquer des saignements de nez », explique Dr Kouadio Dénis, médecin exerçant dans un centre de santé rural.
Les spécialistes soulignent que les vaisseaux sanguins constituent des voies de propagation des germes vers les sinus, les oreilles, le cerveau et même le liquide rachidien, augmentant ainsi le risque de complications graves.
La grippe, caractérisée par la fièvre, les courbatures, l’écoulement ou l’obstruction nasale et une grande fatigue ;La méningite cérébro-spinale, qui se manifeste par de violents maux de tête, des vomissements, une raideur de la nuque, de la fièvre et parfois des convulsions ;Les infections respiratoires (bronchite, pneumonie), marquées par la toux, la fièvre, des difficultés respiratoires et des douleurs thoraciques ;L’asthme, souvent déclenché par les allergènes contenus dans la poussière (acariens, pollen, duvets) ;La tuberculose, suspectée après une toux persistante de plus de deux semaines accompagnée de sueurs nocturnes et d’une perte de poids.
D’autres pathologies, telles que la drépanocytose et les aspergilloses, notamment chez les personnes immunodéprimées, sont également plus fréquentes durant cette période.
Les districts sanitaires de Bondoukou, Boundiali, Ferkessédougou, Odienné, Bouna, Korhogo et Tingréla figurent parmi les zones les plus touchées.
Pour limiter les risques, les professionnels de santé recommandent de :
Se couvrir correctement la nuit et au petit matin ; protéger les voies respiratoires à l’aide de cache-nez ; humidifier les narines avec des solutions salines ou du beurre de karité ; se faire vacciner contre la grippe et la méningite ; consulter rapidement en cas de céphalées intenses accompagnées de vomissements.
L’autre menace : les feux de brousse
Au-delà des problèmes sanitaires, l’harmattan accentue le risque de feux de brousse, favorisés par la sécheresse. Chaque année, ces incendies détruisent des milliers d’hectares de plantations et causent parfois des pertes en vies humaines.
Selon Vamara Gbon Coulibaly, secrétaire général de l’ONG Bon Air, les fortes pluies enregistrées ces dernières années ont favorisé une croissance inhabituelle des graminées. « Dans les régions de la Vallée du Bandama, du Bafing, des Savanes et du Denguelé, de nombreuses plantations d’anacardiers sont entourées de hautes herbes, constituant un risque majeur d’incendies violents », a-t-il alerté.
L’ONG appelle les autorités locales à renforcer les mesures de prévention, notamment en luttant contre les cultures sur brûlis et la chasse au feu, principales causes des départs d’incendie dans les zones rurales.
Les feux de brousse sont généralement provoqués par :
Des feux accidentels (mégots de cigarette, négligences) ; des feux mal maîtrisés lors de chasses ou d’activités agricoles ; des feux volontaires, parfois liés à des pratiques culturelles.
On distingue trois grands types de feux :
Le brûlage tardif, très violent, en pleine saison sèche ; le brûlage précoce, volontaire et contrôlé, en début de saison sèche ; le brûlage de contre-saison, pratiqué après les premières pluies.
La sensibilisation des populations, la création de pare-feux autour des villages, et l’encadrement des feux précoces constituent des mesures clés pour réduire la biomasse inflammable et limiter la violence des incendies.
L’objectif demeure la protection des populations rurales et la préservation des ressources agricoles, piliers essentiels de l’économie ivoirienne.
S.A
