12 JANVIER 1994-12 JANVIER 2022
Il y a 28 ans, les pays africains de la zone Franc dévaluaient le franc C.F.A. de 50%

Dakar. 11 janvier. 20 h 50. Dans la salle de l’hôtel Méridien, le ministre des Finances camerounais, Antoine Ntsimi, les traits tirés, commence la lecture d’un communiqué sur un ton monocorde : « Les chefs d’Etat de gouvernement ont marqué leur accord pour modifier la parité du franc CFA, qui s’établit à 100 FCFA pour 1 franc français à compter du 12 janvier à zéro heure ».

Une bombe vient d’être lâchée ! On enterre le dogme de la parité fixe après 46 ans de statu quo monétaire. A ses côtés, le ministre français de la Coopération, Michel Roussin, le directeur du Fonds monétaire international, Michel Camdessus, le gouverneur de la BCEAO, Charles Konan Banny, semblent éprouvés par trois jours de huis clos et de rencontres nocturnes.

Difficile de justifier ce que beaucoup considèrent comme une trahison auprès de leur population. Pour empêcher une ruée de leurs concitoyens vers les banques, le président sénégalais, Abdou Diouf, a invité ses pairs francophones pour une réunion sur le sort, déjà scellé, de la compagnie aérienne Air Afrique. Les premiers arrivent dès le 9 au soir. Et le 11 au matin, les transferts bancaires sont suspendus. « La spéculation se déchaînait », confiera, plus tard, Charles Konan Banny.

Entre-Temps, Diouf, qui a fini en novembre par se rallier à l’inéluctable dévaluation, Bruno Delaye, conseiller Afrique de Mitterrand, et Michel Roussin multiplient les tête-à-tête avec les dirigeants les plus récalcitrants comme le gabonais Omar Bongo. « Il nous a engueulés plus d’une fois, Christian Noyer (ndlr : alors le directeur français du Trésor) et moi », s’en amuse aujourd’hui l’ancien ministre français.

PRISS H.

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