Affaire «Opposez-vous à toute modification de la constitution en vigueur»: La CDRP réaffirme sa détermination à lutter pour la restauration de la démocratie et l’état de droit

Affaire «Opposez-vous à toute modification de la constitution en vigueur»: La CDRP réaffirme sa détermination à lutter pour la restauration de la démocratie et l’état de droit

 

Ce mardi 21 janvier 2020, au siège du PDCI-RDA, la Coalition pour la démocratie, la réconciliation et la paix (CDRP) a animé une conférence de presse pour s’opposer à la modification de la Constitution par le chef de l’Etat, Alassane Ouattara. Déclaration liminaire. 

Mesdames et Messieurs les journalistes ;

Honorables invités ;

Mesdames et Messieurs ;

Nous avons entendu et lu la déclaration du Président de la République de Côte d’Ivoire, Monsieur Alassane OUATTARA relativement à sa volonté affirmée de modifier la Constitution ivoirienne adoptée au référendum de 08 Novembre 2016. Une telle déclaration publique de la part du chef de l’Etat garant de la constitution, de son bon fonctionnement, de sa stabilité et sa durée, ne laisse guère de surprendre autant qu’elle intrigue. On ne peut manquer de s’en étonner, voire s’indigner et s’en inquiéter dans ce contexte d’une année électorale constitutionnelle ouverte, des candidatures déclarées sources de tension politique déjà perceptible.

Face à cette déclaration, la conférence des Présidents de la CDRP réunie le 10 janvier 2020, sous la Présidence de monsieur OUATTARA Gnonzié président du RPP assurant l’intérim du Président Konan BEDIE président du PDCI-RDA Président de la conférence des Présidents de la CDRP, s’interroge : Comment et pourquoi cette déclaration insolite à tous égards ?

Quel en est le sens, quelle est l’opportunité et quelle en est la portée ?

1- Le sens : Cette déclaration se donne à lire et comprendre que la constitution de 2016, élaborée par un comité de dix experts choisis par le Président de la République, adoptée par le conseil des ministres, par le bureau de l’assemblée nationale et ratifiée au référendum par le peuple ivoirien a déjà atteint ses limites après seulement trois années de vie.

Il est bon de rappeler que la constitution d’un pays, appelée aussi loi fondamentale, est d’une importance capitale pour l’unité et la cohésion nationales, la paix sociale et la stabilité du pays. Dès son adoption par le peuple, elle devient le contrat social entre toutes les composantes de la Nation. Elle grave au-dessus du temps, nos convictions et nos aspirations profondes, indique les valeurs auxquelles nous croyons et les modes d’organisation de la vie publique, de la vie politique et des espaces de vie. Aussi, la constitution échappe-t-elle par essence aux contingences personnelles, partisanes ou circonstancielles. Dès lors, elle est revêtue du sceau du sacré.

En conséquence, et contrairement à toutes les autres lois, sa modification n’est envisageable qu’au terme de longues périodes, ayant permis d’éprouver conséquemment le fonctionnement des institutions et le regard commun que les citoyens posent sur l’évolution de la Nation. L’étalon communément retenu pour la mesure de ces périodes est la législature.

Il n’est donc pas bon, légitime et démocratique pour un chef d’Etat de recourir plusieurs fois au cours d’une même législature ou chaque fois qu’il le désire, à une modification de la loi fondamentale.

2- L’opportunité de cette volonté de modification de la constitution au cours de cette année électorale et les procédures d’urgence annoncées pour son adoption portent gravement atteintes aux principes démocratiques les plus élémentaires. En effet, c’est au peuple souverain de Côte d’Ivoire dans toutes ses composantes qu’il appartient de doter le pays d’une nouvelle constitution. Certes, la complexité de la vie des nations, peut entrainer dans certaines situations, des modifications constitutionnelles par voie parlementaire, parce que plus rapide. Mais le recours à la voie parlementaire ne peut être justifié que pour des situations d’exception.

Or pour l’heure, le pays n’est pas en guerre. Rien ne peut donc justifier aujourd’hui qu’il soit fait recours au parlement pour modifier la constitution.

3- La portée de cette déclaration : A l’occasion de sa déclaration de modification de la constitution, le Président OUATTARA a gardé un silence étonnant sur les vœux d’un troisième mandat émis par une certaine chefferie traditionnelle et certains de ses collaborateurs. A la vérité un troisième mandat n’est guère envisageable au regard des articles 55 et 183 de la constitution actuelle. En proposant une nouvelle constitution le Président de la République veut s’offrir la possibilité de recourir à l’argument facile et fallacieux, de pouvoir se représenter à la prochaine élection présidentielle, en narguant que, toute nouvelle constitution qui génère une nouvelle république remet tous les candidats à égalité.

Au total, la CDRP estime que la modification de la constitution dans le contexte actuel va exacerber les tensions et accentuer les divisions, notre pays ayant plutôt besoin de se rassembler et de s’unir autour d’un idéal de paix et de réconciliation comme le stipule le préambule de notre constitution.

La CDRP invite donc le Chef de l’Etat à renoncer à son projet de tripatouillage de la constitution.

Fort de l’appel lancé le 12 janvier 2020 par le Président du PDCI RDA Président de la conférence des présidents demandant aux militants et à l’ensemble des ivoiriens : « opposez-vous à toute modification de la constitution en vigueur », la CDRP réaffirme sa détermination à lutter par tous les moyens pacifiques et légaux pour la restauration de la démocratie et l’état de droit.

La CDRP informe l’opinion nationale et internationale qu’elle utilisera toutes les dispositions légales pour s’opposer à ce projet inique de modification de la constitution de notre pays au cours de cette année électorale par le pouvoir RHDP unifié.

 

Fait à Abidjan le 21 janvier 2020

Pour la conférence des présidents de la CDRP

Le Porte-parole

Dr AHIZI Aka Daniel

Président de Parti Ivoirien des Travailleurs

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