Le plus ancien parti politique de Côte d’Ivoire se trouve à un tournant de son histoire, partagé entre devoir de mémoire et nécessité de renouveau.
Huit décennies d’existence. Quatre-vingts années marquées par les luttes, l’exercice du pouvoir et une forte empreinte sur le destin national. Le PDCI-RDA célèbre son 80ᵉ anniversaire dans un climat mêlant fierté historique et interrogations sur son avenir. Retour sur un parti qui a profondément façonné le pays et qui tente aujourd’hui de se réinventer.
Né le 9 avril 1946 dans le contexte des luttes anticoloniales, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire–Rassemblement démocratique africain s’impose comme l’un des plus anciens partis d’Afrique subsaharienne, juste après l’African National Congress. Sous la conduite de Félix Houphouët-Boigny, il a incarné pendant plus de trois décennies l’État ivoirien, jetant les bases du développement économique, social et de la stabilité.
Son successeur, Henri Konan Bédié, s’est efforcé de préserver cet héritage, malgré la rupture du coup d’État ivoirien de 1999. Depuis décembre 2023, l’arrivée de Tidjane Thiam à la tête du parti marque une nouvelle étape.
Entre continuité et modernisation, il incarne pour les militants l’espoir d’un repositionnement stratégique, dans un contexte où le parti est éloigné du pouvoir depuis plus de deux décennies.
Les festivités du 80ᵉ anniversaire, lancées le 9 avril 2026 à Abidjan puis prolongées à Yamoussoukro le 18 avril par un grand meeting, vont bien au-delà de la commémoration. Elles traduisent une volonté de remobilisation et de réappropriation idéologique. Conférences doctrinales, formations et tournées régionales prévues jusqu’en octobre visent à reconnecter les militants aux valeurs fondatrices du parti.
« Le PDCI-RDA n’est pas un héritage passif, mais un flambeau à transmettre », a rappelé Yapo Yapo Calice, appelant à une implication accrue des nouvelles générations.
Mais derrière cette dynamique, les réalités politiques restent contrastées. Avec seulement 32 députés à l’Assemblée nationale, le parti enregistre un recul notable par rapport à son influence passée. Cette situation s’explique en partie par la recomposition du paysage politique et le départ de plusieurs cadres vers le RHDP. Même certains bastions historiques ont été fragilisés.
À cela s’ajoute un défi interne de taille : la cohésion. Contestations, tensions et recours judiciaires entre militants traduisent des divergences persistantes. Le groupe parlementaire lui-même n’échappe pas à ces turbulences, renforçant l’enjeu de discipline et d’unité.
Face à ces défis, la stratégie portée par Tidjane Thiam repose sur un équilibre entre héritage et innovation. Modernisation des structures, numérisation du fichier militant, rajeunissement des cadres et renforcement de la formation politique figurent parmi les priorités.
Le leader insiste également sur une orientation centrée sur les préoccupations des populations, notamment l’éducation, la santé et le développement économique. Une approche qui, selon lui, suscite un regain d’intérêt et de nouvelles adhésions.
Malgré les difficultés, le PDCI-RDA continue de revendiquer une identité fondée sur le dialogue, la paix et la cohésion nationale. « Nous avons des adversaires, mais pas d’ennemis », affirme Tidjane Thiam, dans la continuité de l’héritage houphouëtiste.
À 80 ans, le parti joue ainsi une nouvelle partition : celle de la reconquête. Entre mémoire et mutation, il lui reste à transformer son passé prestigieux en véritable projet d’avenir, d’après fratmat info.
Par AMINATA.S
